L’adolescent a sa psychologie, ses problèmes, ses centres d’intérêt. En tenir compte ne veut pas dire faire du didactisme. C’est demeurer responsable, aller à la maturation, comme un jardinier, c’est maintenir aussi l’intérêt de l’adolescent pour la littérature. En somme, tous les livres de qualité pour les adolescents devraient pouvoir être lus avec intérêt par les adultes(Marc Twain, Dickens, Jules Verne, Selma Lagerlof). Le contraire n’est pas vrai.

Ce court texte d’André Massepain, tiré d’une de ses conférences, est un des meilleurs résumés de ses positions, affichées sans relâche depuis la création de la collection "Plein Vent chez Robert Laffont, en 1966. Si jusqu’à sa mort en 1999, il n’a cessé d’ajuster son argumentation à l’évolution de notre société et aux moeurs des nouvelles générations d’adolescents, il s’est toujours tenu à ses principes qui relèvent plus de la nature fondamentale de l’’état d’adolescence que des phénomènes de mode ou des modifications d’habitudes et de loisirs.
Il semble, à suivre l’évolution de l’édition jeunesse de ces quinze dernières années, que ces principes sur lesquels il a en partie révolutionné la littérature pour la jeunesse, sont aujourd’hui redécouverts par les acteurs du métier et appliqués avec un bonheur certain par quelques uns.
Malgré tout, il reste encore quelques points d’ombre, et la littérature d’aventure et de genre, en particulier, semble souffrir encore çà et là, dans ses méthodes de publication, d’un handicap qui tendrait à faire croire que les auteurs anglo-saxons sont les seuls à pouvoir allier qualité littéraire et efficacité du récit. De même, il semble que les essais produits en direction de ces mêmes adolescents, peinent sensiblement à sortir de la simple mise en lumière d’un fait de société et se résument à une approche parfois lourdement didactique des thèmes considérés comme propres à la tranche d’âge (drogue, violence...). Aucun effort n’est vraiment fait pour mettre à la disposition des jeunes de véritables pistes de réflexion sur le monde qui les entoure et auquel ils ont pourtant plus d’une fois prouvé leur attachement, et leur capacité d’investissement dans les débats qu’ils suscitent lorsqu’on veut bien sortir des sentiers battus.
Cette conviction a longtemps porté André Massepain à espérer pouvoir mettre en place une maison d’édition qui s’inscrive totalement dans cette défense du respect dû à l’intelligence des jeunes lecteurs, et ce projet dont il a bati les fondements, c’est celui que je porte aujourd’hui en héritage.
